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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:21

Le Corrézien Philippe Godefroy-Demombynes évoque l’histoire de la traduction en français de Mein Kampf d’Adolf Hitler co-réalisée par son père et publiée en 1934, un an après l’accession au pouvoir du chancelier du III e Reich.


Comment votre père a-t-il été amené à réaliser cette traduction parue en 1934 ? 
Le projet est né de Fernand Sorlot (*), patron à l'époque des Nouvelles édition latines. Il avait sollicité Augustin Calmettes et mon père pour traduire pour la première fois l'intégralité de l'ouvrage en français.
Quelles étaient à l'époque les motivations pour traduire ce livre, qui deviendra rapidement la bible du III e Reich et le symbole du régime national socialiste allemand ? 
L'idée, c'était de dire que le péril à venir était écrit et qu'il fallait absolument que les Français prennent connaissance de ce que Hitler écrivait dans Mein Kampf. Le maréchal Lyautey écrit en préambule « Tout Français doit lire ce livre. » Entre 1925, date de la première publication en Allemagne, et 1933, date d'accession de Hitler au pouvoir, beaucoup d'extraits avaient été édités de même que des versions expurgées du livre. Mais jamais son intégralité en langue française.
Une publication intégrale qui a donné lieu à une interdiction par décision de justice… 
Oui. Le Führer était farouchement opposé à sa publication entière en France et a fait intenter un procès par son éditeur de Munich, Eher-Verlag. L'argument des paroles et écrits d'un homme public qui appartiennent au public n'a pas été retenu et l'ouvrage traduit fut retiré.
Que vous en a dit votre père ?
 Il ne m'en a jamais directement parlé. Ce n'est que plus tard que j'ai lu Mein Kampf. Avec toute la charge sur les juifs et les théories raciales de Gobineau, la doctrine héritée en partie du théoricien du nazisme Alfred Rosenberg, la volonté expansionniste de Hitler pour l'Allemagne. Outre l'intérêt historique incontestable, je dois dire que le style est très ennuyeux.
Pensez-vous que si l'ouvrage n'avait pas été interdit en 1934 il aurait pu, expliqué, contribuer à éclairer les esprits sur le destin de l'Europe ?
Je ne pense pas. La guerre de 1914-1918 avait été un traumatisme tel que les Français voulaient qu'elle reste bien « la der des ders ».
(*) Proche du mouvement de l'Action française de Charles Maurras.

LA MONTAGNE 29/10/2015

Jean Gaudefroy-Demombynes (1898-1984)

Historien et professeur d'université, Jean Gaudefroy-Demombynes est enterré à Hautot sur Seine

 

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