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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 18:49

Journal de Rouen du 9 juillet 1881 : Le sinistre d’Hautot-sur-Seine. DEUX VICTIMES

Une lugubre nouvelle s’est répandue hier à Rouen et y a soulevé une douloureuse émotion. On apprenait qu’un sinistre affreux avait éclat, la nuit précédente, à quelques kilomètres de notre ville , et avait fait deux victimes. C’est dans la commune d’Hautot-sur-Seine, canton de Grand Couronne, que s’est produit ce nouveau désastre, triste pendant de la catastrophe de la rue de la République.

Le feu s’est déclaré dans une ferme appartenant à M. E. Dieusy, de Rouen et exploitée par Mme Mazier. L’embrasement a pris un si soudain développement, qu’un habitant de la maison, M. Herlin, a été asphyxié dans son lit. La fermière, Mme Mazier, a été horriblement brûlée en cherchant à sauver ses bestiaux. Une vache et tous les animaux de basse-cour ont péri dans les flammes. On ignore la cause du sinistre.

M. E. Dieusy, propriétaire de l’immeuble incendié, nous écrit pour remercier toutes les personnes qui sont venues apporter les secours pour combattre le sinistre, et en particulier M. Poullard, maire de la commune.

Le sinistre d’Hautot-sur-Seine du 8 juillet 1881

Journal de Rouen du 10 juillet 1881 : Le sinistre d’Hautot-sur-Seine. Nouveaux détails.

La seconde victime du lugubre sinistre qui a éclaté à Hautot-sur-Seine, dans la nuit de jeudi à vendredi, Mme Mazier, âgée de cinquante-trois ans, a succombé vendredi soir aux affreuses brûlures qu’elle avait éprouvées. Voici des détails de ce drame navrant :

C’est vers une heure du matin que le feu s’est déclaré dans la ferme de M. Eugène Dieusy, qu’exploitait Mme Mazier. Cette ferme était un bâtiment rectangulaire de 24 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur, comprenant rez-de-chaussée surmonté d’un grenier couvert en chaume. Quatre personnes habitaient dans l’immeuble : Mme Mazier, son fils, âgé de vingt-deux ans ; un vieillard, M. Herlin, âgé de soixante-dix ans, leur locataire, et un domestique de la ferme. Mme Mazier et son fils occupaient ensemble une pièce à l’aile droite. Venaient ensuite, tout d’un tenant, une étable renfermant deux vaches et deux génisses ; une grange, contenant du grain ; puis le logement de M. Herlin enfin une cuisine formant l’aile gauche.

Le local où résidait M. Herlin n’avait guère que 3 mètres 50 de longueur, et était séparé en deux pièces, dans le sens de la largeur (6 mètres, avons nous dit) par un refend en planches. Le vieillard avait fait de la pièce de derrière sa chambre à coucher. Dans cet étroit réduit, éclairé par une petite fenêtre donnant sur la cour, il y avait d’un côté son lit, de l’autre une sorte d’étagère où il déposait divers menus objets. L’autre pièce, également éclairée par une petite fenêtre donnant sur la rue, lui servait de salle et contenait ; dans le fond une armoire qui n’était séparée du lit du vieillard que par le refend ; à côté, un petit fourneau, une table ronde, et une sorte de planche-étagère.

Ces détails étaient nécessaires pour expliquer les circonstances du sinistre, car c’est dans le logement du vieillard que le feu a pris naissance. Comment, on ne sait au juste. Cependant, certains indices permettent de se rendre compte à peu près exactement de la manière dont les choses se sont passées. On présume que le vieillard se sera levé au milieu de la nuit pour aller fouiller dans son armoire laquelle contenait tout son petit avoir. En approchant trop près sa chandelle, il aura communiqué la flamme au linge renfermé dans cette armoire. Ce qui donne lieu à cette supposition, c’est l’état de destruction de cette pièce comparativement aux autres parties du bâtiment. L’armoire, en particulier, est totalement brûlée avec son contenu. D’autres part, plusieurs personnes ont avoir vu, vers minuit, une clarté dans la salle, à travers les fentes de l’auvent.

Quoi qu’il soit de la cause, aussitôt que le feu a eu percé le plafond de l’appartement entre les solives, en un clin d’œil, l’embrasement a gagné tout le grenier couvert en chaume et où il y avait de la paille d’avoine et des sacs de grains. Cela a dû prendre comme une traînée de poudre. Mme Mazier et son fils ont été réveillés par le crépitement des flammes au dessus de leurs têtes, et les mugissements des vaches qui étaient dans l’étable contigüe à leur chambre.

Alors se passe une scène indescriptible. Vêtue seulement d’un jupon, la fermière s’élance au dehors suivie de son fils et tous deux courent à l’étable pour sauver leurs bestiaux. Déjà, ils ont réussi à faire sortir les deux vaches et une génisse. Il en reste encore une. Mme Mazier s’obstine à vouloir la détacher, malgré le danger. Tout à coup, un craquement se produit, et une partie du grenier s’écroue dans l’étable, obstruant la sortie de débris enflammés. Affolée par cette pluie de feu, Mme Mazier veut s’enfuir ; mais elle tombe la face contre terre. Sa main n’avait cependant pas lâché la longe de la génisse, qui l’entraine jusqu’au dehors à travers la fournaise.

La pauvre femme arriva ainsi aux pieds de son fils qui, lui, était sorti un instant avant la chute du grenier, et appelait sa mère. Elle était dans un état lamentable. Ses vêtements et sa chevelure étaient en feu, et l’infortunée se tordait à terre, en poussant des cris déchirants, sous la morsure des brûlures profondes dont elle était couverte. Fou de douleur, son fils l’enlève dans ses bras et la porte au pied d’un baquet adossé au puits, pour éteindre ses vêtements avec de l’eau. Chose horrible ! la surface des douves du baquet a été carbonisée par les flammes qui enveloppaient la victime.

Tout ce drame n’avait demandé que quelques minutes ; et ce n’est qu’après cette première phase que les secours sont arrivés.

En face de la ferle qui brûlait, demeure, de l’autre côté de la rue, un jardinier, M. Désiré Couillerville, au service de Mme Bataille, propriétaire. Eveillé par la lueur de l’incendie, il regarda par sa fenêtre. Sa première impression en voyant la maison toute couronnée de flammes, fut que les habitants avaient dû périr, lorsqu’il aperçut Mme Mazier qui sortait de son appartement pour courir à l‘étable.

M. Couillerville se hâte de descendre et de donner l’alarme ; mais à cette heure de la nuit, l’éveil des voisins était lent à faire, et l’incendie étendait ses ravages d’instant en instants. Le maire, M. Poullard, qui habite non loin de la ferme, fit sonner le tocsin, et, peu à peu, une grande partie des habitants du village, arriva sur les lieux du sinistre. On avait amené la pompe de la commune, et la chaine fut organisée en peu de temps. Le jardinier de Mme Bataille, dont la présence d’esprit et le dévouement ont été dignes de tous éloges dans ce péril, ouvrit le réservoir d’eau du château, et l’on commença à combattre le fléau.

Cependant, après avoir éteint les flammes, qui brûlaient les vêtements de sa mère, M. Mazier fils l’avait transportée sous la charreterie, seul asile qu’il eut à ce moment pour la pauvre femme qui avait perdu connaissance. Puis le jeune homme s’était hâté d’aller éveiller le domestique de la ferme, qui couchait dans le grenier de l’écurie, située précisément derrière la chambre des maîtres. C’était le seul bâtiment de la ferme qui fut couvert en ardoises, ce qui avait retardé son embrassement.

M. Couillerville survenant alors, transporta Mme Mazier chez lui et la coucha dans son lit. Elle a repris connaissance au bout de quelques heures, après que le médecin de la Bouille, mandé en toute hâte, a eu pensé ses brûlures. Mais, vers la fin e l’après-midi, elle a expiré dans d’atroces souffrances.

Dans l’émoi du premier moment, on n’avait pu songer à pénétrer chez M. Herlin. La pièce servant de salle au vieillard était un véritable brasier, et l’on croyait qu’il en était de même de sa chambre. On se trompait. Quand on put pénétrer, après l’extinction du feu, dans la maison, on fut tout surpris de voir que la chambre avait été à peu de chose près épargnée par les flammes.

Tout était resté en ordre dans cette pièce, qui offrait ainsi le contraste le plus inattendu avec l’autre, dont un simple refend la séparait, et où le feu avait tout ravagé. On trouva le vieillard assis sur le bord de son lit, une main appuyée sur le dossier d’une chaise. Il était mort. La fumée l’avait asphyxié.

Impotent, sujet à des congestions, on comprend qu’il ait dû être surpris avant de pouvoir sortir. Quinze jours environ auparavant, il lui était arrivé de tomber dans le foyer de sa cheminée. On était survenu à temps cette fois là pour l’arracher à la mort.

Il était à peu près quatre heures de matin quand les travailleurs se sont rendus maîtres du feu. L’aspect des ruines est désolant. Toute la toiture de l’immeuble est détruite ; il en est de même de la plus grande partie du plafond du rez-de-chaussée. On n’a pu sauver que très peu de mobilier, trois vaches, le cheval et les porcs. La génisse, que l’infortunée Mme Mazier s’était attardée à sauver, s’étaient abattue au pied de l’étable et est morte au milieu des flammes. Une vache a eu la peau brûlée. 120 volailles, qui se trouvaient dans le poulailler contigu à la maison, ont été carbonisées.

Le mobilier était assuré à l’Ancienne Mutuelle pour 5 000 Frs ; l’immeuble pour 2 400 Frs.

Le corps de M. Herlin avait été transporté dans le four, situé au fond de la masure.

Il a été enterré hier, à quatre heures de l’après midi. Une assistance nombreuse a suivi son convoi. Mme Mazier sera inhumée aujourd’hui, à quatre heures.

Acte n°8 de décès de Frédéric Désiré HERLIN du 8 juillet 1881 à Hautot sur Seine

L’an mil huit cent quatre vingt un, le huit juillet cinq heures du soir, acte de décès de Frédéric Désiré HERLIN cultivateur âgé de soixante dix ans et cinq mois, décédé de ce jour quatre heures du matin, en son domicile, en cette commune, où il est né le cinq février mil huit cent onze, fils des feux Jean Adrien HERLIN et Marie Prudence Félicité DORE. Constaté suivant la loi par nous Maire de la commune d’Hautot-sur Seine remplissant la fonction d’officier public de l’état civil, sur la déclaration de Dominique Désiré MAZIER, cultivateur, âgé de vingt deux ans et de Noël Joseph CAPRON, rentier, âgé de soixante quatre ans, demeurant l’un et l’autre en cette commune et amis du défunt auquel acte fait double en leur présence, après constatation du décès, les deux déclarants ont signés avec nous lecture faite. H. POULLARD.

Le sinistre d’Hautot-sur-Seine du 8 juillet 1881

Acte n°10 de décès d’Henriette Elisabeth LIESSE, veuve MAZIER, du 8 juillet 1881 à Hautot sur Seine

L’an mil huit cent quatre vingt un, le neuf juillet à midi, acte de décès d’Henriette Elisabeth LIESSE cultivatrice âgée de cinquante et un an, décédée d’hier six heures du soir, en son domicile, en cette commune, née à Sahurs le vingt neuf juin mil huit cent trente, fille des feux Jérôme Laurent LIESSE et Marie Adélaïde LEFEBVRE, et veuve de Charles Dominique MAZIER, dont le mariage a été contracté à Hautot-sur Seine le dix février mil huit cent cinquante neuf. Constaté suivant la loi par nous Maire de la commune d’Hautot-sur Seine remplissant la fonction d’officier public de l’état civil, sur la déclaration de Dominique Désiré MAZIER, cultivateur, âgé de vingt deux ans et de Noël Joseph CAPRON, rentier, âgé de soixante quatre ans, demeurant l’un et l’autre en cette commune et amis de la défunte auquel acte fait double en leur présence, après constatation du décès, les deux comparants ont signés avec nous lecture faite. H. POULLARD.

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