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3 juillet 2020 5 03 /07 /juillet /2020 17:28

Gretna-Green est un village du Sud de l'Écosse, célèbre pour la possibilité qu'il offrait aux couples mineurs de s'y marier sans autorisation des parents. La réputation de Gretna-Green dans ce domaine a commencé le 25 mars 1754 lorsqu'est entrée en vigueur le Lord Hardwicke's Marriage Act, la loi sur le mariage que le Parlement venait de voter, aux termes de laquelle si l'un des futurs époux n'avait pas au minimum 21 ans, il ou elle devait alors obtenir le consentement de ses parents. Cette loi ne s'appliquait pas à l'Écosse, où il était possible de se marier dès 14 ans pour les garçons, dès 12 ans pour les filles, avec ou sans consentement des parents.

En 1879 parait la Géographie de la Seine-Inférieure des Abbés J. Bunel et A. Tougard. Ce premier ouvrage du genre a eu du succès et il est devenu l’ouvrage de référence sur l’histoire locale. Dans l’article consacré à Hautot-sur-Seine on découvre que le curé d’Hautot avait le droit de marier, sans le consentement des parents.

HAUTOT-SUR-SEINE - 194 hab., 234 ha, au pied des coteaux qui bornent les prairies de la Seine (rive droite), par 5-24 m. d’alt. - chemin 51 -  Poste PTT à Grand-Couronne (3 kil.) ; à 14 kil. de Rouen. Annexe de Sahurs - Station de bateaux de la Bouille.

L’église est sous le vocable de S. Antonin, martyr de la primitive Eglise (2 sept.), à Apamée en Syrie (plutôt Saint Antonin de Pamiers en Ariège martyrisé en 506). La nef est moderne, mais le chœur remonte au XVIe s. Fragment d‘un curieux vitrail du XIIIe siècle, croix de consécration et caveau funéraire de la famille de la Pierre. Pèlerinage au patron contre les maux de tête.

On a vue ailleurs (Arrt. de Neufchâtel), le singulier cérémonial qui accompagnait autrefois la célébration de la messe dans cette église et avant la Révolution, le curé d’Hautot et les chapelains de Mardote (Moulineaux) et de la chapelle du Bout-du-Vent (Heurteauville) avaient le droit de marier, sans le consentement des parents, ceux qui se présentaient devant eux.

On y cultive la vigne au Moyen-âge, aussi bien qu’à St-Pierre de Manneville. Vers la fin du XVIIIe s. , Mr Lecouteulx y entretenait un vignoble, à la façon des champenois, dans un champ appelé le CLOS DE LA VIGNE.

Hautot, peuplé de 200 hts environ (40 familles), au XIIIe s. , ne possédait plus, en 1458, que 23 personnes payant fouage, plus un sergent, un autre exempt et 4 pauvres. En 1471, la population montait à peu près à 60 personnes (12 feux).

Les vieillards du village racontaient naguère qu’un des derniers seigneurs du lieu s’étant avisé, pour essuyer un fusil neuf, de tuer un couvreur qui travaillait sur sa ferme, fut condamné à mort. Importuné par les prières de la famille, Louis XVI le fit venir et lui dit : « Je te donne ta grâce ; mais celui qui te tuera aura la sienne. » (On trouve dans les registres le 19/11/1767, l’inhumation de Jean Coueffin tombé du haut du bâtiment de monsieur Le Couteulx)

Un cultivateur était obligé, entre autres devoirs, d’aller 4 fois l’an saluer son seigneur. « J’aurais voulu y aller tous les jours, ajoutait le brave homme, car Monsieur me disait «  c’est bien ! tu vas dîner avec moi. »

Le château moderne entouré d’un beau parc fut habité par E. Bataille, conseiller d’Etat, qui partagea au château de Ham, la captivité du prince Louis-Napoléon. 

Hameaux : Le Marais, 6 habitants - Mont-Myré, 49 - Le Moulin, 6 - Le Rouage, 71.

Dans « les Environs de Rouen » édité par E. Auge, on trouver cet article d’Henri Allais de janvier 1889 qui reprend dans un style bien particulier les anecdotes de 1879 concernant Hautot :

Pas davantage ne reviendra le temps quasi biblique où Hautot était pour les amants une succursale de Gretna-Green. On s’y mariait, non sur l’enclume, mais avec le ministère de M. le curé, lequel jouissait du privilège de se passer du consentement paternel. Puis la Révolution arriva qui fit table rase de cette singulière coutume, et des esprits chagrins vous diront, au nom de la statistique indiscrète, que si les parents ne sont guère plus consultés que jadis et si monsieur le curé est moins souvent dérangé qu’autrefois, le Monde n’en est pas pour cela sur le point de périr.

Etait-ce cette particularité réjouissante, était-ce la vigne en sa fleur, était-ce l’amour de la belle nature qui attirait à Hautot, à Soquence, à Sahurs, les Rouennais, il y a deux cent ans ? Le certain, c’est qu’ils y venaient, qu’ils y possédaient nombre de maisons de plaisance et des vignobles. L’endroit était fort bien choisi. Pour les gens posés et asthmatiques, c’était au fond d’un amphithéâtre de grands bois et de falaises, la promenade en terrain plat, sous les peupliers frissonnants ; pour la jeunesse, c’était les près à la Deshoulières (femmes de lettre), les brassées de fleurs des champs, et la gaieté des vendanges à l’arrière saison ; pour les gourmets c’était le poisson de Seine passant tout frétillant du filet dans la casserole ; pour les pédants c’était, sur la côte en face, le château de Robert le Diable et des dissertations historiques sans fin. Nos Rouennais débarquaient du fameux coche d’eau de la Bouille, et le vin – façon Champagne – qu’on récoltait alors en quantité, les mariages d’Opéra-Comique du curé d’Hautot, la forêt toute proche, propice aux rendez-vous, leur devaient suggérer des idées gaillardes.

Plus intéressant, en 1890, dans « Autour de Rouen », Louis Müller relate sa traversée d’Hautot-sur-Seine :

Un jour on m'a posé cette question :

-  Si vous vouliez montrer à un étranger ne disposant que de quelques heures ce qu'est la Normandie, où le conduiriez-vous ? Je n'ai pas hésité.

-  Nous prendrions le bateau jusqu'au Val-de-la-Haye, descendrions à la station de Grand-Couronne, gravirions la côte par le chemin de la Commanderie et, traversant Hautot et Sahurs, passerions la Seine à la Bouille et reviendrions par la Maison-Brûlée, Moulineaux et la ligne d'Orléans. Tout cela peut aisément se faire dans une matinée, et à cause de la rapidité même du trajet, il est impossible que l'on n'en garde pas comme le souvenir d'une éblouissante vision. Au chapitre précédent, j'ai dit qu'après la ferme de Sainte-Vaubourg on trouvait, à droite et à gauche, une route ombragée de grands arbres, en manière d'avenue. En la suivant à droite, on passe devant la petite église (l’ancienne église du Val de la Haye), pittoresquement plantée au sommet du coteau, sur la lisière du bois, et on arrive à un raidillon qui descend à l'extrémité amont du Val-de-la-Haye. Ce chemin est fort joli, mais ce n'est pas celui-là que nous allons prendre. A la ferme, nous tournerons à gauche et gagnerons lentement Hautot (le long du bois de la commanderie).

- Pourquoi lentement ?

- Ma foi, allez-y, et si vous vous sentez capable de mettre moins d'une demi-heure pour franchir le kilomètre qui vous sépare du coude de la route, c'est que vous serez incurablement réfractaire aux impressions qui ravissent d'allégresse l'âme des vrais amants de la nature. A chaque pas, un regard en arrière sur l'avenue qui se creuse et se relève, un coup d'œil à gauche sur le magnifique parc qui borde la route, un autre sur le bois plein de fleurs, de bouleaux argentés, de mésanges, de pinsons et de fauvettes, et voilà autant d'invincibles solliciteurs qui vous happent au passage et que vous ne quittez qu'avec un soupir de regret.

La route, à mille mètres de là décrit une courbe au sommet de laquelle un chêne de 3 mètres de circonférence étale une immense ramure. Encore une invite à la palette ! Le chêne est à l'entrée d'un taillis précédant la forêt, sillonné de sentiers qui montent et où de nombreux bouleaux profilent élégamment sur le ciel leur tête arrondie et leur feuillage léger.

En suivant la courbe, on atteint les premières maisons d'Hautot. Si, pour opter entre les divers chemins qui se dirigent vers Sahurs, vous recourez à l'avis de quelqu'un de l'endroit, il vous répondra avec obligeance et textuellement ceci :

- Prenez la sente qu'est su' l'derrière de l'épiciai (épicerie située rue du Rouage ou au Mont-Miré), et pis, à draite, vos voirez un tourniquai qui vos conduira dret au cémitière. C'est l'pus court. »

C'est, le plus court, en effet. Après avoir franchi deux tourniquets et passé devant le cimetière, on gagne la route de Sahurs où débouche, sur un rond-point, le parc du magnifique château de Soquence. Du rond-point part une vaste avenue de plus d'un kilomètre et demi de longueur, plantée à droite et à gauche d'une triple rangée d'arbres et aboutissant à la forêt de Roumare.

Par soi-même, Hautot. en dehors de sa situation, la Seine à gauche, la pleine campagne et la forêt à droite, n'offre rien de bien intéressant (il n’a pas vu la chapelle, la mairie, le château et a ignoré le moulin). Il convient cependant de rappeler le bizarre privilège dont, avant la Révolution, jouissait le curé de l'endroit. Il pouvait marier, sans le consentement de leurs familles, les jeunes gens qui venaient lui demander de les unir. On disait « aller à Hautot » comme on dit aujourd'hui « faire le voyage de Gretna-Green. » Ce n'était pas, d'ailleurs, le seul privilège étrange de la cure royale d'Hautot. Le desservant y célébrait la messe en costume de cavalier, bottes à éperons, et, à l'élévation, tirait en l'air un coup de pistolet. C'était, on en conviendra, un encens d'un parfum un peu bien belliqueux (l’auteur en rajoute, car c’est tout à fait invraisemblable, mais ce récit a été souvent repris).

Soquence est sur le territoire de Sahurs. A trois cents mètres du château, le chemin passe sous une nouvelle avenue, mais avant de la suivre, faisons à gauche en crochet jusqu'à l'église, qui ne manque pas d'intérêt. La façade et les bas-côtés sont du pur roman du XIe siècle; le XVIe a remanié les fenêtres de la façade et le portail.

Revenant sur ses pas, on entre, à gauche, dans une majestueuse avenue où, bientôt, on s'arrête, fixé sur place par un « coin » bien imprévu. A droite, sous la futaie, une maisonnette semble avoir poussé au milieu des buissons d'épines et des hautes herbes constellées de fleurs ; une ligne d'iris d'Allemagne ourle la crête du chaume, et, tout autour, la végétation des forêts croit avec une surprenante intensité. Involontairement, on regarde si de la porte ne va pas surgir Robinson avec son bonnet pointu, son parasol et son perroquet sur l'épaule. A l'issue de l'avenue, on est dans Sahurs. Le chemin à gauche, puis la route à droite traversent le pays.

Comme l’écrit le Bulletin de la Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure paru en 1931, le curé d'Hautot-sur-Seine pouvait célébrer la messe botté et muni d'éperons, et, de plus, à l'élévation, on tirait un coup de pistolet dans l'église. Les curés de Vatierville et d'Hautot-sur-Seine avaient ils le droit de chasser, nous ne saurions le dire ; en tout cas, nous n'avons trouvé aucune pièce d'archives venant à l'appui de la tradition.

Il s’agit probablement en 1879 de la part des abbés J. Bunel et A. Tougard, d’une construction intellectuelle appliquée aux chapelles ayant un statut particulier comme à Heurteauville. Dans les registres de la paroisse qui vont de 1680 à 1792, on ne trouve aucune trace écrite d’acte de mariage avec une quelconque particularité, le curé mariant les filles du pays et parfois un ami du sieur de Soquence. L’église paroissiale d’Hautot, était une chapelle royale et le Roi, patron de la paroisse, nommait le curé. Pour Hautot le patron était le plus important propriétaire terrain de la paroisse à la fin du XVIIème siècle qui était chargé de financer l’entretien de l’église.

La principale source d’information des abbés J. Bunel et A. Tougard était probablement le jeune curé de Sahurs et de Hautot, Anatole Mathias Latelais. Celui-ci était en conflit avec la municipalité d’Hautot-sur-Seine, propriétaire de la chapelle depuis 1862, qui l’obligeait à dire la messe à Hautot, alors que pour lui, l’église Saint-Sauveur de Sahurs était la seule véritable église de la paroisse de Sahurs et Hautot. Y a-t-il eu malice de la part du curé dans les anecdotes relatives à Hautot-sur-Seine ?

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commentaires

S
J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et un blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers (lien sur pseudo) Au plaisir.
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