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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 18:43

Journal de Rouen du 25 juin 1940 : un meurtre à Hautot-sur-Seine

Le soir du dimanche 9 juin, trois habitants de cette commune, MM. Florentin Ponty, Collette et Turquer, avisèrent un individu qui sortait de la forêt et leur parut suspect. Ils l’interpellèrent, le fouillèrent et le conduisirent chez M. Cantel, commerçant, mais en route il voulut s’échapper et M. Collette se jeta sur lui. Une rixe s’ensuivit au cours de laquelle, Ponty alla chercher son fusil et tira deux fois sur le malheureux qu’il acheva à coups de crosse. Il s’agit de M. Marcel Wanner, 39 ans, manœuvre, domicilié chez M. Heuzé, 18, rue de l’Industrie à Grand-Couronne. M. Cantel prévint M. Piat, commissaire central à Rouen, qui, avec son secrétaire, M. Hérisson, et les inspecteurs Lebrun et Martin procéda à l’enquête et reconstitua la scène. Le cadavre de Wanner a été inhumé à Hautot-sur-Seine et Florentin Ponty a été arrêté.

 

Décès d’un inconnu présumé Warner ou Vanner ou Waller Marcel du 9 juin 1940 à Hautot-sur-Seine

Le neuf juin mil neuf cent quarante, vingt deux heures trente minutes, est décédé, « Route du Rouage » un individu du sexe masculin dont l’identité n’a pu être établie. Le signalement est le suivant : le défunt était âgé de trente cinq ans environ, sa taille approximative était de un mètre soixante cinq, ses cheveux et sa moustache étaient bruns. Il était vêtu d’une veste bleue et d’un pantalon rayé, coiffé d’une casquette grise plate et chaussé de sabots de caoutchouc. Il est présumé s’appeler Marcel Warner ou Vanner ou Waller et était, croit on marié, dans autres renseignements. Dressé le dix juin mil neuf cent quarante, onze heures, sur la déclaration de Alphonse Cantel, cinquante trois ans, marchand ambulant, domicilié en cette commune qui, lecture faite a signé avec Nous, Georges Poullard Maire d’Hautot-sur-Seine, Chevalier de la Légion d’Honneur.

Journal de Rouen du 21 novembre 1941 : une tragique méprise à Hautot-sur-Seine

Cours d’Assises de la Seine-Inférieure : audience du mercredi 20 novembre

Un drame étrange se déroula à Hautot-sur-Seine, dans la soirée du 9 juin. L’atmosphère si particulière de ce dimanche tragique fut, sans doute, la cause principale du meurtre lamentable que commit, à proximité de la forêt de Roumare, un père de douze enfants, Florentin Ponty. (*)

Ponty se trouvait, vers 22 h. 15, devant son domicile, en compagnie de ses amis Robert Turquer et Emile Colette. Les trois hommes avaient en peu bu… Un inconnu s’étant avance dans leurs parages, une bicyclette à la main, ils le jugèrent suspect et ils l’interpellèrent en lui demandant ses papiers d’identité. Le passant sortit sans dire un mot son portefeuille contenant un livret militaire. Turquer n’ayant pu lire cette pièce dans la faible clarté du jour expirant, on décida de conduire « l’espion » chez M. Cantel, commerçant qui, rare parmi les rares, n’avait point quitté le pays. Le passant, cependant, regimba. Empoigné par Colette, il tomba avec lui sur la route et tandis que les deux hommes se livraient, sur le sol, à un match de catch des plus animés, Ponty rentra chez lui afin d’y prendre un fusil de chasse dont il se servit dès son retour. A ce moment, l’infortuné promeneur avait réussi à se relever. Atteint par derrière, à moins de deux mètres par une décharge qui provoqua l’éclatement du lobe inférieur d’un poumon, il s’effondra, mortellement atteint. Ponty l’acheva, d’ailleurs, en lui portant plusieurs coups de crosse à la tête !

L’heure des explications ayant sonné à la cour d’assises, le coupable ne parut pas particulièrement troublé par les remords, au cour de son interrogatoire.

  • - Etiez-vous ivre dans la soirée du 9 juin ? lui demanda M. le président Turban.
  • J’étais gai !
  • - Ce qui m’étonne, c’est que vous n’ayez pas vu deux parachutistes au lieu d’un  Pourquoi votre victime – M. Marcel Wanner, manœuvre à l’usine de produits chimiques S.O.Y.E.M.A. – vous a-t’elle parue suspecte ?
  • Vu que tout le monde était évacué de la commune.
  • - Vous avez déclaré que vous étiez chargé d’une surveillance à Hautot-sur-Seine.
  • Oui, par la gendarmerie de Grand-Couronne.
  • - Ce n’est pas vrai. Vous n’aviez reçu aucune mission de cet ordre. Vous avez fait ce qu’on appelle une arrestation illégale, quand vous avez voulu conduire M. Wanner chez M. Cantel.

Sur le drame lui-même, Florentin Ponty ne crut point devoir donner au jury des explications détaillées.

  • Interrogé par nous, déclara-t-il Wanner ne répondit rien. Il fut rapidement aux prises avec mes amis. C’est pourquoi je suis allé chercher mon fusil, sans toutefois avoir l’intention de mettre à mort celui que je prenais pour un parachutiste.

Il semblait que l’audition des deux compagnons de l’inculpé apporterait aux débats quelque lumière. Elles permirent tout au plus de connaître le degré de « gaité », le 9 juin, de chacun des membres du trio.

  • - Vous étiez ivres, tous les trois, dit le président à Robert Turquer.
  • On en avait pris un peu.
  • - Qui donc en avait pris le moins ?
  • C’est moi.
  • - Etiez-vous chargé de faire la police ?
  • Oui, comme cantonnier !
  • - Vous aviez entendu des histoires de parachutiste et ça avait travaillé.
  • En tout cas, au coup de fusil, je suis parti.
  • - Pourquoi ?
  • Parce que j’ai eu peur !

Le manœuvre Emile Colette, vit, lui, trois fusées rouges s’élever au dessus de la forêt de Roumare et il entendit des détonations.

  • - Qui était le plus ivre, s’inquiéta le président, quand ce deuxième témoin approcha de la barre.
  • Surement Ponty !
  • - Etiez-vous un policier ?
  • Personne ne n’avait dit d’arrêter le monde !

On entendit encore M Georges Poullard, maire d’Hautot-sur-Seine, qui signala que rien de particulier n’avait été organisé dans sa commune contre les parachutistes ; le commerçant, M. Cantel, resté à Hautot, et le docteur Godbille, médecin-légiste. Le praticien eut à examiner un cadavre exhumé après de longues semaines d’enfouissement …

M. Dupond, substitut du procureur général, soutint l’accusation dans ce procès avec son autorité coutumière, puis la défense de Florentin Ponty fut vigoureusement présentée par Me Crosson du Cormier. L’inculpé fut finalement condamné à quatre ans de prison avec sursis. J.E.F.

(*) Le 9 juin 1940, les troupes allemandes entrent à Rouen.

Extraits : Le 9 juin au matin les premiers Allemands arrivent sur Rouen par la route de Neufchâtel. A 10 heures du matin, le génie français fait sauter les ponts. A 10h30, les Allemands investissent  la Mairie. Maurice Poissant, 5e adjoint au Maire, demeuré sur place, reçoit autorité par le commandant Krupp sur toutes les communes liées économiquement ou géographiquement à Rouen. Les Allemands investissent la ville.

L’incendie déclenché se propage rapidement aux quartiers situés au sud de la cathédrale. Les Allemands, au prétexte que Rouen n’a pas été déclarée ville ouverte, interdisent aux pompiers d’intervenir. Le feu fait rage pendant trois jours. Ce n’est que le 11 juin que l’ordre sera donné d’éteindre l’incendie alors qu’il menaçait le flanc sud de la cathédrale. Bilan : 918 maisons détruites, 5 070 sans-abris.

Ce même jour, les Allemands ramassent tous les noirs qu’ils peuvent trouver ainsi que des soldats coloniaux isolés, qui, n’ayant pu fuir, ont été faits prisonniers de guerre. Tous ces hommes sont emmenés au 11, rue de Bihorel où ils sont massacrés à la mitrailleuse. 121 Algériens, Antillais et Africains ont ainsi trouvé la mort.

Préfet de Seine-Maritime le 14/08/2020 : Hommage aux combattants d'Afrique

Le 9 juin 1940, l’armée allemande envahit la ville de Rouen. Après quelques heures de combats, les troupes du Reich nazi prennent possession de la ville. Des hommes, civils et militaires, sont arrêtés, regroupés et mis à mort. Ils ont été choisis pour la couleur de leur peau. Il s’agit d’un des nombreux crimes racistes opérés par l’armée allemande durant la seconde guerre mondiale. Dans quelques jours sera inauguré, rue de Bihorel à Rouen, une plaque à la mémoire d’une centaine de personnes originaires d’Afrique du nord, d’Afrique subsaharienne et des Antilles françaises qui ont été massacrées à cet endroit. Les recherches historiques continuent, le site s’enrichira des informations et des documents et des travaux réalisés par les scolaires.

Guillaume Jacono, inspecteur d’académie, Monique Longval Bernier, vice-présidente de l’association des professeurs d’histoire-géographie, ont rencontré Laurent Martin et Jean-Louis Roussel, auteurs d’un futur livre sur Rouen pendant la guerre, devant la plaque posée au N°6 de la rue de Bihorel.

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