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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 06:45

Annonce parue dans le la Cloche d’Argent du 10 mai 1884 concernant l’actuel manoir des Farceaux.

 

En cette fin du XIXème siècle, il était plus facile pour les rouennais d’accéder à Hautot-sur-Seine en prenant le bateau de la Bouille que de passer par le chemin de grande circulation n°51 allant de Montville à Sahurs par le bord de Seine depuis Croisset. Pour le chemin de fer, il suffit de descendre à la gare de Grand-Couronne et de se rendre au passage d’eau d’Hautot-sur-Seine, la voie ferrée desservant les communes de la rive gauche, de Moulineaux à Rouen vient en effet d’ouvrir en 1883.

L’embarcadère des bateaux à vapeur à Rouen

Le départ du bateau de la Bouille quai de la Bourse à Rouen

Extrait du Journal de Rouen du 15 septembre 1932 : Le service à vapeur de Rouen à la Bouille a commencé le 1er février 1831. (…), après le second Empire, les services de Rouen à la Bouille furent repris par la Compagnie des Bateaux Omnibus de Rouen, puis en 1902 par le Compagnie Française de Navigation et de Constructions Navales, et en 1906 par la Compagnie Rouennaise de Navigation.

Le bateau de la Bouille

Les peintres de l'école de Rouen André Segers, Narcisse Guilbert, Robert-Antoine Pinchon, se sont succédé pour immortaliser le lieu.

Le bateau de la Bouille
Le bateau de la Bouille

L’embarcadère des bateaux omnibus de Croisset

La station du bateau à Dieppedalle

Arrivée du Bateau Omnibus n°2 à Dieppedalle-Forêt

La station de Dieppedalle-Forêt

L’appontement du Val-de-la-Haye

Souvenir de Fernande Obselin (1909 - 1986) :

Le vendredi 12 mars 1971 je n’ai pas été au bureau tellement il y avait de brouillard (dangereux), suis passée chez Léonie Cousin en allant chercher du pain. Au cours de ma visite elle me montra ce qu’elle avait retrouvé en rangeant des papiers … un papier écrit en 1911 (2 janvier) donc depuis 60 ans 2 mois et 10 jours. Il s’agit d’une naissance qui eut lieu sur le bateau de la Bouille à son passage au Val-de-la-Haye, et se dirigeant sur Rouen. Une jeune fille qui était « bonne » à Sahurs allait faire ses couches à Rouen … mais elle n’eut pas le temps de gagner cette destination. Le bateau stoppa plus longtemps que son arrêt normal, bien entendu, la malade fut mise sur une paillasse (il y en avait une à bord) ; on appela Mme Cousin (la blanchisseuse) spécialiste des accouchements et l’année suivante un colis postal de bonbons arrivait chez Mme Cousin, méfiante ne connaissant pas l’expéditeur (non désigné sur le colis) dit à son entourage : « on ne va pas manger ces bonbons-là, on ne sait pas d’où ça vient » … puis elle découvrit un papier, puis une pièce de 5 frs en argent (5 frs il y a 60 ans !!). Une très belle écriture un peu dessinée avait tracé ces mots :

 

Bon souvenir

 

Je suis né au Val-de-la-Haye

En date du vingt et un juillet,

Grâce aux secours d’une brave dame,

Ma mère et moi étions indemnes,

Reconnaissant de soins si bons,

Je vous envoie de mes bonbons ;

Et puisque vous m’avez fait beau,

Recevez ce petit cadeau !

Donc en ce jour Bébé, marin,

Félicite madame Cousin

 

Le petit Victor né à bord de l’abeille IV

 

Journal de Rouen du 22 juillet 1910 : Une Naissance en Bateau

Hier matin, l’Abeille IV, de la Compagnie des bateaux-omnibus, allant de la Bouille à Rouen, faisait écale à l’appontement de Sahurs. Plusieurs habitantes de cette localité prenaient passage à bord et, et parmi elles une dame, dont la situation apparaissait visiblement comme on ne peut plus « intéressante ». Quelques instants après le départ, la dame sent le besoin de s’isoler ; dix minutes, un quart d’heure se passent sans qu’on la voie reparaître. Inquiètes, les personnes qui l’accompagnent font part de leurs appréhensions au personnel. On prend finalement le parti de forcer la porte de la petite cabine.

C’est alors que s’éclaircit le mystère. Il y avait maintenant deux personnes dans la cabine : la dame et … un gros garçon qui, pour n‘avoir que quelques minutes d’existence, n’en paraissait pas moins robuste à souhait, et qui manifesta tout de suite sa vitalité en poussant des cris perçants.  A m’arrivée de l’Abeille IV à Rouen, la mère et l’enfant, qui, selon l’expression consacrée, se portent bien, ont été transportés à la maternité de l’Hospice-Général.

Avis aux généalogistes : l’identité du petit Victor reste à trouver

L’arrivée du bateau de Rouen au Val-de-la-Haye

Le bateau de la Bouille
Le bateau de la Bouille
Le bateau de la Bouille

Photographies de la passerelle du ponton d’Hautot-sur-Seine

Le bateau de la Bouille
Le bateau de la Bouille

Les premiers pas de Fernande Obselin (1909 - 1986)

Hautot-sur-Seine le 17/02/1976 : Je vous donne cette précision me touchant personnellement : « c’est sur ce bateau de la Bouille à Rouen QUE J’AI FAIT MES PREMIERS PAS : l’homme qui percevait le prix des places sur le bateau même était assez curieux et bredouillait tout en marchant : « billet billet billet… pour que les voyageurs sortent leur argent » ; il me faisait peur ! Et il m’avait pris dans ses bras en m’éloignant de ma mère ce qui augmenta ma frayeur et me fit aller la rejoindre en vitesse ! J’ai su marcher à ce moment même !!

Le bateau de la Bouille
Le bateau de la Bouille

L’Elan et le Boieldieu au débarcadère de Sahurs

Journal de Rouen 1er octobre 1932 : le bateau de La Bouille a fait, hier, son dernier voyage

Tout contre le ponton de ponton de la Bourse le petit bateau blanc et noir se balance dansant sur ses amarres. Il a l’air bien sérieux le B. O. (lise bateau omnibus) deuxième du nom de la Compagnie Rouennaise de Navigation. C’est qu’il va faire le dernier voyage de Rouen à la Bouille, mettant ainsi un point final à un service plus que centenaire. Le temps, même, est maussade. Dans le ciel sombre, les nuages défilent à vive allure. Il y a là une douzaine de voyageurs, pas plus : deux Anglaises, un boulanger, une blanchisseuse, des représentants et une mère aves ses enfants. Les Rouennais auront boudé le bateau jusqu’au bout. Des colis s’amoncellent sur le toit de la cabine. Il y a de tout. Des fleurs sortent d’un grand panier et cette coïncidence a la valeur d’un hommage. L’équipage est au complet. Le voici : le capitaine Saint-Pierre, receveur Armand, deux mécaniciens et un moussaillon. A 14 h.15, le sifflet jette ses appels stridents. La cheminée se met à cracher furieusement et dans un bruissement d’eau chassée, le B. O. s’éloigne du ponton. La machine bat de son pouls régulier. En se dandinant légèrement, le petit bateau ouvre son chemin vers l’aval. C’est maintenant le port dans sa richesse et sa diversité. L’histoire du monde se lit, en traits rapides, aux flancs des navires : Nausicaa, Ronsard, Rabelais, Dupleix, Joffre, que sais-je encore ? Les innombrables grues, aux airs penchés, font songer à des échassiers en veine de confidences. Et c’est le charbon, le fer, le pétrole, le bois, les produits chimiques, toutes les manifestations de la vie moderne.

A Croisset, le paysage se précise. La rive gauche affirme, sous les formes les plus diverses les conquêtes du progrès. La rive droite garde encore sa nouvelle physionomie tant cherchée des touristes. Elle présente à l’œil toujours émerveillé la succession de ses falaises coiffées d’arbres et de ses vallons verts au creux desquels s’abritent les maisons. Des puissants remorqueurs qui montent le fleuve, partent des cris d’adieux à l’adresse du B. O. Ce sont les seuls qui se souviennent. Le voyage se poursuit tranquillement. Après Dieppedalle, quelqu’un déclare que le mascaret s’est fait sentir le matin, à 11 heures, dans le bras du Val-de-la-Haye. Hautot, Sahurs, nichés dans la verdure, ne s’émeuvent pas à notre passage. Puis les voyageurs de lèvent soudain. Le vénérable clocher de la Bouille apparait devant nous. Après un virage magnifique, le B. O. vient s’amarrer sur le ponton. Les gens descendent rapidement, mais l’horaire ne leur laisse pas le temps d’excursionner dans les environs. Au lieu des splendeurs de la forêt et de la côte, ils ont le charme discret des maisons de la Bouille enfouies sous les roses. A 16 h. 45, le B. O. appareille sous les yeux de quelques Bouillais qui le saluent familièrement.

C’est le retour que le soleil, enfin, illumine de ses derniers rayons. Le courant est dur. La machine s’essouffle, mais tient bon. A 18 h. 25, le B. O. arrive au ponton de la Bourse, après un voyage sans histoire. Le soir, il retournera à la Bouille où il passera la nuit. Aujourd’hui, il ira rejoindre dans les bassins Saint-Gervais, les trois unités de la C. R. N., le Boieldieu, l’Elan et l’Abeille. Ces bateaux iront prochainement au Havre pour être réparés. Quant à leur personnel, inscrit sur le rôle des gens de mer, il naviguera pour le compte d’autres compagnies. En terminant, nous est il permit d’émettre une suggestion ? La suppression du service de la Bouille a été amenée par la diminution du nombre des voyageurs, concurremment avec l’augmentation des frais généraux. Ne serait-il pas possible de reprendre le service avec es bateaux à moteur à l’huile lourde, d’une consommation et d’un entretien bien plus économiques que les bateaux à vapeur ? M.L.

 

L’arrivée de l’Elan à La Bouille

Le bateau de la Bouille

Pierre LE TRIVIDIC "Arrivée des vapeurs à La Bouille"

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